
Guinée : dissolution de 40 partis politiques, le gouvernement assume une “décision souveraine” malgré les inquiétudes économiques
La décision du gouvernement guinéen de dissoudre quarante partis politiques, dont plusieurs formations majeures de l’opposition, provoque une onde de choc dans le paysage politique national et soulève des interrogations croissantes sur la stabilité institutionnelle du pays, un facteur clé pour les investisseurs et partenaires économiques internationaux.
Devant le corps diplomatique accrédité à Conakry, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a défendu lundi une mesure qu’il qualifie de « strictement fondée sur le respect des lois et règlements ». La dissolution, annoncée dans la nuit du 6 au 7 mars par le ministère de l’Administration du territoire, concerne notamment trois formations politiques majeures : l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et l’Union des forces républicaines (UFR).
Selon les autorités, ces partis ne se seraient pas conformés aux exigences de la nouvelle législation régissant les organisations politiques, adoptée dans le cadre du processus de « refondation institutionnelle » engagé durant la transition.
Une décision politique aux répercussions économiques potentielles
Dans un contexte où la Guinée cherche à consolider sa crédibilité auprès des partenaires financiers et des investisseurs internationaux, cette décision suscite des interrogations quant à l’évolution du climat politique et des perspectives de gouvernance.
« Il s’agit d’une décision impersonnelle et strictement fondée sur le respect de nos lois et règlements », a déclaré Morissanda Kouyaté devant les représentants diplomatiques. Le chef de la diplomatie guinéenne a insisté sur le caractère « souverain » de la mesure, relevant de « l’exercice normal de l’autorité de l’État ».
Le gouvernement affirme avoir accordé aux partis politiques plusieurs délais pour se conformer à la nouvelle réglementation. Ceux-ci devaient notamment actualiser leurs statuts, organiser des congrès de mise en conformité et fournir des preuves d’implantation territoriale dans les préfectures du pays.
Une opposition vent debout
Malgré ces explications, l’annonce a provoqué une vive réaction dans les rangs de l’opposition et de la société civile, qui dénoncent une restriction de l’espace démocratique. Plusieurs acteurs politiques estiment que la dissolution simultanée de formations majeures risque d’accentuer les tensions politiques à l’approche d’échéances électorales encore incertaines.
Pour les observateurs économiques, la stabilité institutionnelle demeure un paramètre déterminant dans un pays riche en ressources minières – notamment la bauxite et le fer – et engagé dans plusieurs projets d’infrastructures stratégiques avec des partenaires internationaux.
La transition sous pression internationale
Face au corps diplomatique, Morissanda Kouyaté a rappelé que la transition politique engagée après le changement de pouvoir visait d’abord à « réconcilier le pays avant de faire la politique ». Selon lui, la dissolution des partis s’inscrit dans la troisième phase d’un processus administratif de contrôle et de mise en conformité.
« Ceux qui ne sont pas en règle doivent être dissous. C’est une décision souveraine de l’État guinéen », a-t-il insisté.
Alors que la Guinée cherche à maintenir la confiance des bailleurs internationaux et à attirer de nouveaux investissements dans les secteurs minier et énergétique, l’évolution de la situation politique sera scrutée de près par les partenaires économiques du pays.
À court terme, la question centrale reste celle de l’équilibre entre refondation institutionnelle, stabilité politique et attractivité économique — trois facteurs déterminants pour l’avenir du climat des affaires en Guinée.
Regard237/Etienne MONTHE
Partager ce contenu :
En savoir plus sur Regards 237
Subscribe to get the latest posts sent to your email.













Laisser un commentaire